Mis à jour le 3 septembre 2026 — décision HCSF en vigueur, seuils d’usure du 3e trimestre 2026.
Financer un investissement LMNP : ce que la banque regarde vraiment
Financer un LMNP, c’est convaincre une banque sur des règles qu’elle n’a pas écrites. Deux seulement s’imposent à elle : le taux d’effort — la part de vos revenus que vos crédits absorbent chaque année — ne peut dépasser 35 %, assurance du prêt comprise, et la durée du prêt 25 ans. Elles viennent de la décision n° D-HCSF-2021-7 du 29 septembre 2021. Le reste — apport, reste à vivre, niveau de la décote sur vos loyers — relève de la banque.
Cette page traite d’une chose : obtenir le crédit. Le bien et le régime fiscal, c’est notre guide pour investir en LMNP en 2026.
Deux croyances font refuser des dossiers : retirer les loyers de la mensualité, que le Haut Conseil de stabilité financière exclut, et l’apport minimum « réglementaire », qui n’existe pas.
Rédigé par Quentin Hagnéré
Expert en gestion de patrimoine — Fondateur de LMNP.AI et Hagnéré Patrimoine. CIF, COA, COBSP. Chaque seuil cité est relevé sur le texte en vigueur de la décision n° D-HCSF-2021-7 du 29 septembre 2021.
Sommaire
1. 35 % et 25 ans : les deux règles que la banque ne peut pas dépasser
La norme en vigueur : décision n° D-HCSF-2021-7 du 29 septembre 2021, amendée par les décisions n° D-HCSF-2023-2 et n° D-HCSF-2023-6 (29 juin et 18 décembre 2023). Le Haut Conseil de stabilité financière, le régulateur qui fixe leurs règles d’octroi aux banques, y pose deux plafonds cumulatifs : taux d’effort ≤ 35 %, maturité — la durée totale du prêt — ≤ 25 ans.
Les dépasser n’est pas interdit, c’est rationné : chaque trimestre, une banque peut classer « non conformes » une part de sa production — le montant des crédits qu’elle accorde sur le trimestre, et non leur nombre. Les deux parts ci-dessous figurent à l’art. 2 de la décision, dans sa rédaction issue de la décision n° D-HCSF-2023-2 — la version initiale de 2021 disait 4 %.
| Part de la production du trimestre, en montant | Plafond |
|---|---|
| Crédits non conformes, tous objets confondus | 20 % |
| dont hors résidence principale : locatif, résidence secondaire | 6 % |
Sur 100 millions d’euros prêtés dans le trimestre, 6 millions au plus peuvent sortir des clous sans financer une résidence principale : votre projet se dispute 6 % de la production, pas 20 %. D’où le geste — déposer en début de trimestre, l’enveloppe encore intacte.
2. Le taux d’effort : tous vos crédits comptent, vos loyers ne se déduisent pas
Au numérateur, les charges annuelles de tous vos prêts, crédit à la consommation compris, plus l’assurance emprunteur — celle qui rembourse à votre place en cas de décès ou d’arrêt de travail, rangée dans les « coûts d’assurance et de garanties obligatoires » (art. R. 314-4, 3° du code de la consommation).
Au dénominateur, le revenu net avant impôt du foyer, celui d’aujourd’hui, sans projection. Les loyers du meublé y entrent, ceux du bien acheté compris, en revenu brut avant charges, et décotés pour les mois sans locataire et les impayés.
Cette décote n’est pas une faveur de la banque : le texte l’impose. L’article 4 de la décision veut qu’au revenu locatif brut « il doit être appliqué des décotes par les établissements de crédit afin de refléter le risque locatif » ; la question 17 de la foire aux questions le redit et vise les revenus « fonciers et locatifs », donc le meublé. Ce qu’aucun texte ne fixe, c’est le taux : les 70 % lus partout sont une pratique de place, pas une norme.
Le calcul se fait année par année : c’est le maximum qui compte. Exemple officiel du HCSF (question 20) : 17 000 € de charges annuelles sur 20 ans, un crédit à la consommation de 1 000 € par an encore 5 ans, 50 000 € de revenus. Années 1 à 5 : 36 % ; ensuite 34 %. On retient 36 % — non conforme. Soldez ce petit crédit avant de déposer : ces 1 000 € suffisent à faire basculer le dossier.
Le taux d’usure, seuils du 3e trimestre 2026. Est usuraire le prêt dont le TAEG — le taux tout compris : intérêts, assurance, garanties obligatoires, frais de dossier — dépasse de plus d’un tiers le taux moyen du trimestre précédent (art. L. 314-6 du code de la consommation). La Banque de France le calcule ; un avis au Journal officiel le publie chaque trimestre. Du 1er juillet au 30 septembre 2026 (avis du 26 juin 2026, JO du 28 juin) : 4,07 % sous 10 ans, 4,57 % de 10 à moins de 20 ans, 5,29 % à 20 ans et plus.
3. Quel apport pour un LMNP : aucun texte ne l’impose
Le mot « apport » n’apparaît ni dans la décision du HCSF, ni dans ses trente-six questions officielles : le niveau exigé relève de chaque banque. L’apport abaisse la mensualité, donc le taux d’effort — et il paie ce que la banque ne prête pas.
Appartement ancien à 200 000 €, financé à 100 %
| Poste | Montant |
|---|---|
| Droits de mutation (impôt du département et de la commune) : 6,32 % | 12 640 € |
| Émoluments du notaire, barème dégressif de l’art. A. 444-91 du code de commerce | 1 995,25 € HT, soit 2 394,30 € TTC |
| Contribution de sécurité immobilière : 0,10 % du prix (art. 879 du CGI) | 200 € |
| Sous-total tarifé par un texte | 15 234 €, soit 7,62 % du prix |
| Débours et formalités, frais de garantie, frais de dossier, mobilier du décret n° 2015-981 du 31 juillet 2015 | aucun tarif : sur devis |
Ces 6,32 % réunissent la taxe départementale, la taxe communale de 1,20 % (art. 1584 du CGI) et les frais d’assiette de 2,37 % (art. 1647, V). La taxe départementale est de 4,50 % ; l’art. 116 de la loi de finances pour 2025 (loi n° 2025-127 du 14 février 2025) autorise chaque département à la porter à 5,00 % pour les actes du 1er avril 2025 au 31 mars 2028, la dispense étant réservée aux primo-accédants d’une résidence principale — jamais à un investisseur. Au 1er juin 2026, 88 des 100 départements et collectivités recensés par la DGFiP appliquent les 5,00 % : le total y atteint 6,32 %. Les 12 autres sont restés à 4,50 %, soit 5,81 % — sauf l’Indre, seul département à 3,80 %, où le total tombe à 5,09 %. Ce décompte tient jusqu’au 31 mai 2027 : une délibération ne prend effet qu’au 1er juin et le taux est reconduit à défaut de vote (art. 1594 E du CGI) — les frais de notaire en LMNP.
Les émoluments se calculent par tranches, sur le prix : 3,870 % jusqu’à 6 500 €, 1,596 % jusqu’à 17 000 €, 1,064 % jusqu’à 60 000 €, 0,799 % au-delà (art. A. 444-91 du code de commerce, barème de l’arrêté du 28 février 2020, prorogé jusqu’au 29 février 2028). Sur 200 000 € : 1 995,25 € HT, soit 2 394,30 € TTC. Le notaire peut remettre jusqu’à 20 % de la part d’émolument au-delà de 100 000 € (art. A. 444-174) : ici 160 € HT au mieux.
Le décret de 2015 impose onze catégories d’équipements — literie, occultation des fenêtres des chambres, plaques de cuisson, four, réfrigérateur, vaisselle, ustensiles, table et sièges, étagères, luminaires, matériel d’entretien. Sans elles, le logement n’est pas meublé au sens de la loi. Mais le texte fixe une liste, pas un budget : aucun montant n’y figure. Chiffrez le vôtre sur devis.
Seuls 15 234 € sont opposables, soit 7,62 % du prix : le reste — débours, garantie, dossier, mobilier — dépend de vos devis. L’apport « standard » qu’on lit partout n’est rien d’autre que cette addition, arrondie vers le haut.
4. Différé et prêt in fine : ce que chacun coûte vraiment
Le différé d’amortissement, c’est la période où vous ne payez que les intérêts, sans entamer le capital du prêt — à ne pas confondre avec l’amortissement comptable du logement, une déduction fiscale (le régime réel).
Il autorise à dépasser 25 ans si vous ne touchez pas encore de loyers : logement neuf, achat sur plan, ou ancien avec des travaux d’au moins 10 % du coût de l’opération (seuil abaissé de 25 % à 10 % par la décision n° D-HCSF-2023-6, au 1er janvier 2024). La règle devient double : ≤ 27 ans au total, ≤ 25 ans d’amortissement. Sur 180 000 € à 3,5 % — hypothèse de calcul, tout taux de marché étant périmé en trois mois — deux ans de différé coûtent 12 600 € d’intérêts, la dette inchangée.
Le prêt in fine pousse la logique à bout : intérêts seuls, capital d’un coup au terme, contre le nantissement — un contrat d’assurance-vie mis en gage au profit de la banque (art. L. 132-10 du code des assurances).
| Sur 180 000 € à 20 ans | Amortissable | In fine |
|---|---|---|
| Intérêts payés | ≈ 70 500 € | 126 000 € |
| Capital dû au terme | 0 € | 180 000 € |
1,8 fois plus d’intérêts, avant la majoration de taux. L’obstacle est ailleurs : pour un in fine, écrit la foire aux questions du HCSF (question 22), « le taux d’effort pour la dernière année du contrat sera très probablement supérieur à 35 % ». Non conforme par construction, il doit tenir dans les 6 % — sa rareté vient du contingent, pas du taux. Intérêts et frais de garantie se déduisent au réel : la déduction des intérêts d’emprunt.
5. Hypothèque, prêteur de deniers, caution : le coût comparé des garanties
Une garantie, c’est le moyen pour la banque de se faire payer si vous ne remboursez plus. Il en existe trois.
L’ordonnance n° 2021-1192 du 15 septembre 2021, en vigueur au 1er janvier 2022, a supprimé le privilège de prêteur de deniers — le nom se lit pourtant encore partout. C’est aujourd’hui l’hypothèque légale spéciale du prêteur de deniers, la banque dont l’argent a payé le prix (art. 2402, 2° du code civil) ; son rang, sa priorité sur les autres créanciers, prend date à l’inscription, non plus au jour de la vente.
Son intérêt est fiscal : la taxe de publicité foncière de 0,70 % des sommes garanties ne frappe que les hypothèques judiciaires ou conventionnelles (art. 844 du CGI). Les autres inscriptions ne supportent qu’une taxe fixe de 25 €, plus la contribution de sécurité immobilière de 0,05 % des sommes garanties (art. 879 et 881 H). Sur 180 000 € garantis, échapper à la taxe proportionnelle vaut 1 260 €. Limite : elle ne garantit que les deniers versés pour l’acquisition d’un immeuble existant, terrain ou bâti, et quittancés par le vendeur le jour de la vente (art. 2402, 2°). Construction et travaux en sont hors : l’ordonnance de 2021 a supprimé l’ancien privilège du prêteur de deniers ayant payé architectes et entrepreneurs, et renvoie ces créanciers à l’hypothèque conventionnelle (rapport au président de la République, JO du 16 septembre 2021). L’achat sur plan tombe de fait à côté : le prix s’y règle par appels de fonds échelonnés — 35 % aux fondations, 70 % hors d’eau, 95 % à l’achèvement (art. R. 261-14 du code de la construction et de l’habitation) — donc sans quittance du prix entier à l’acte. Faites construire, et seule la part du prêt qui paie le terrain en bénéficie. Pour le reste, hypothèque conventionnelle, taxe de 0,70 % comprise.
La caution d’un organisme remplace tout cela par un tiers garant : ni acte notarié, ni inscription, ni mainlevée. La mainlevée est la formalité qui efface l’hypothèque quand vous revendez avant la fin du prêt : le droit fixe n’est que de 25 € (art. 846 bis du CGI), mais il y faut un acte notarié et ses émoluments par-dessus. Avec une caution, vous payez une commission et une participation à un fonds mutuel, partiellement restituée au terme. En échange, l’organisme réinstruit votre dossier et peut écarter un projet purement locatif.
6. Le dossier : pièces, délais légaux et deuxième bien
Aucun texte ne liste les pièces. L’art. L. 313-16 du code de la consommation impose seulement une « évaluation rigoureuse de la solvabilité », sur des informations « nécessaires, suffisantes et proportionnées » et « vérifiables » ; l’art. R. 313-14 vise revenus, épargne, actifs, dépenses régulières et dettes. Le contenu de la liste appartient à chaque banque. Pour un premier bien, elle attend en pratique :
- identité, domicile ;
- trois bulletins de paie, ou trois bilans ;
- deux avis d’imposition ;
- trois mois de relevés de tous vos comptes ;
- tableaux d’amortissement de tous vos crédits ;
- épargne et origine des fonds ;
- compromis, devis, budget mobilier, estimation locative.
Même remarque pour le reste à vivre, ce qui subsiste une fois les mensualités payées : le mot n’apparaît ni dans la décision du HCSF, ni dans ses trente-six questions. Aucun montant plancher n’est opposable. Un dossier à 34 % de taux d’effort peut donc être refusé sur ce seul motif, sans qu’aucune règle soit enfreinte.
Ajoutez un prévisionnel — loyers, charges et résultat sur dix ans, que presque personne ne joint (notre simulateur le produit).
Le calendrier ne se négocie pas. L’offre engage la banque au moins 30 jours à compter de sa réception et ne s’accepte qu’après 10 jours de réflexion : signer avant ne vaut rien (art. L. 313-34 du code de la consommation). La condition suspensive de prêt, la clause du compromis qui vous rend votre acompte si la banque refuse, ne peut être inférieure à un mois (art. L. 313-41) : la durée est d’ordre public.
Au deuxième bien, la mécanique s’inverse : les loyers du premier entrent au revenu, décotés ; ses mensualités entrent aux charges, intégralement. Un bien qui s’autofinance dégrade quand même votre taux d’effort. Pièces en plus : bail et quittances, avis faisant apparaître les BIC — les bénéfices industriels et commerciaux, catégorie fiscale des loyers meublés — et la liasse 2031-SD au réel (détenir plusieurs biens en LMNP).
Dans l’ordre :
- Solder les petits crédits : 1 000 € par an font basculer un dossier de 34 à 36 %.
- Chiffrer les frais non financés : 15 234 € de frais tarifés sur un bien à 200 000 €, plus le mobilier, la garantie et les frais de dossier, sur devis.
- Préparer le prévisionnel sur dix ans.
- Déposer en début de trimestre, l’enveloppe des 6 % intacte.
7. Pour aller plus loin
Mise à jour : 3 septembre 2026. Décision n° D-HCSF-2021-7 du 29 septembre 2021, amendée par les décisions n° D-HCSF-2023-2 et n° D-HCSF-2023-6 ; seuils d’usure du 3e trimestre 2026, applicables jusqu’au 30 septembre 2026. Sources : décision n° D-HCSF-2021-7 (Légifrance, JO du 10 octobre 2021) ; foire aux questions du HCSF sur la décision d’octroi, version du 29 janvier 2024 — questions 13, 17, 20 et 22 ; code de la consommation, crédit immobilier — art. L. 313-16, L. 313-34, L. 313-41, L. 314-6, R. 313-13 à R. 313-16, R. 314-4 ; avis du 26 juin 2026 sur l’usure (Légifrance, JO n° 0150 du 28 juin 2026) ; seuils de l’usure du 3e trimestre 2026 (Banque de France) ; offre de prêt (service-public.fr) ; CGI, art. 844 — et art. 846 bis, 879, 881 H, 1584, 1594 E, 1647, V ; code de commerce, art. A. 444-91 et A. 444-174 (arrêté du 28 février 2020, barème prorogé jusqu’au 29 février 2028 par l’arrêté du 25 février 2026) ; état DGFiP des taux de DMTO applicables au 1er juin 2026 ; art. 116 de la loi n° 2025-127 du 14 février 2025 ; code civil, art. 2402 ; ordonnance n° 2021-1192 du 15 septembre 2021 et son rapport au président de la République (JO du 16 septembre 2021) ; code de la construction et de l’habitation, art. R. 261-14 ; décret n° 2015-981 du 31 juillet 2015 ; code des assurances, art. L. 132-10.
Guide informatif. Les seuils d’usure sont trimestriels : ceux cités valent jusqu’au 30 septembre 2026.
Votre prévisionnel LMNP, prêt pour la banque
Loyers, charges, amortissements et résultat fiscal sur dix ans, calculés depuis vos chiffres réels. Le document que le service des engagements attend et que presque aucun dossier ne contient.