Mis à jour le 28 août 2026 — sources en fin d’article.
Dénoncer l’option pour le régime réel et revenir au micro-BIC en LMNP
Quitter le réel LMNP pour le micro-BIC ne se demande pas : cela se dénonce. Vous avez opté pour le régime réel : celui où l’on déduit ses charges réelles et où l’on retire du loyer imposable l’usure du logement. Cette option vaut un an et se renouvelle seule tant que vous n’écrivez rien (art. 50-0, 4 du CGI). Le silence répond « oui ».
Revenir au micro-BIC — le régime forfaitaire, où le fisc retire un pourcentage fixe de vos loyers et impose le reste, sans comptabilité — suppose trois choses : écrire au service des impôts des entreprises, celui qui gère votre activité de loueur ; le faire début mai ; être repassé sous le seuil. Et la bascule n’efface pas les amortissements déjà déduits — l’usure comptable du logement, retirée du loyer sans rien débourser : ils vous seront réclamés à la revente.
Ce guide ne traite qu’un sens, réel → micro-BIC. L’inverse : passer au régime réel. L’arbitrage chiffré entre les deux : micro-BIC ou réel. Ce que le réel permet et ce qu’il impose : le fonctionnement du régime réel en LMNP. La fenêtre de 2026 est fermée : ce que vous écrirez maintenant vaudra pour vos revenus 2027.
Rédigé par Quentin Hagnéré
Expert en gestion de patrimoine — Fondateur de LMNP.AI et Hagnéré Patrimoine. CIF, COA, COBSP. Chaque règle citée est relevée sur le BOFiP ou sur Légifrance.
Sommaire
- 1. L’option se dénonce : une fenêtre par an
- 2. Quoi envoyer, à qui, sous quelle forme
- 3. Repasser sous le seuil : la lettre ne suffit pas
- 4. Le stock d’amortissements que le micro consomme
- 5. Le déficit en report : dix ans qui courent à vide
- 6. La revente : rien n’est effacé
- 7. L’année de bascule : une liasse, puis une case
- 8. Pour aller plus loin
- 9. Questions fréquentes
1. L’option se dénonce : une fenêtre par an
L’option pour un régime réel « est valable un an et reconduite tacitement chaque année civile pour un an » (art. 50-0, 4 du CGI, version en vigueur ; repris sans le mot « civile » au BOI-BIC-DECLA-10-30, § 80 et § 110). Tacitement : rien ne vous sera demandé, ni rappelé.
On lit encore que l’option « engage deux ans » : c’était vrai jusqu’en 2015. L’art. 124 de la loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016 a remplacé « valables deux ans » par « valable un an », pour les options exercées ou reconduites tacitement à compter du 1er janvier 2016. On en sort chaque année, dans la fenêtre.
Cette fenêtre est celle du dépôt de votre déclaration de résultats, le jeu de tableaux comptables que le réel oblige à envoyer chaque printemps. Le texte est explicite : on renonce « dans les délais applicables au dépôt de la déclaration souscrite au titre des résultats de l’année précédant celle au titre de laquelle la renonciation s’applique » (art. 50-0, 4 du CGI, repris au § 130). Soit, au réel simplifié — celui du LMNP —, le deuxième jour ouvré suivant le 1er mai (art. 38 bis, I de l’annexe II au CGI, repris au BOI-BIC-DECLA-30-20-10, § 230). L’art. 175 du CGI, souvent cité ici, dit le 1er avril depuis 2019 : c’est l’art. 344 I-0 bis de l’annexe III au CGI qui reporte la date à mai.
Exemple daté. Pour le micro-BIC sur vos revenus 2026, la lettre devait partir au plus tard le mardi 5 mai 2026 (calendrier fiscal professionnel). Au 28 août 2026, l’option est reconduite : 2026 se fera au réel. Prochaine fenêtre, printemps 2027. Le délai supplémentaire de 15 jours calendaires des téléprocédures existe bel et bien, en EFI-RP comme en EDI-TDFC — mais le § 230 l’écarte pour tout ce dont la date se détermine par rapport au dépôt de la déclaration. Votre lettre en relève : elle part le 5 mai.
Hors délai, aucune pénalité — mais aucun rattrapage non plus. Le juge est strict : l’option pour le réel exercée trop tard ne peut pas être régularisée par une réclamation (CE, 26 novembre 2018, n° 417628, 8e-3e ch. réunies — décision rendue sur l’option, non sur sa dénonciation). Le prix de l’oubli : douze mois de comptabilité dont vous ne vouliez plus.
2. Quoi envoyer, à qui, sous quelle forme
Aucun formulaire officiel, et 0 € de frais : l’administration accepte une « déclaration sur papier libre, datée et signée par l’exploitant », ou un message depuis la messagerie sécurisée de votre compte fiscal (BOI-BIC-DECLA-10-30, § 70). Destinataire : le SIE, le service des impôts des entreprises dont le nom figure sur votre avis de CFE, la taxe locale que tout loueur en meublé reçoit en fin d’année. La messagerie de votre espace professionnel horodate l’envoi.
Modèle de lettre. Objet : renonciation à l’option pour un régime réel — BIC location meublée. SIRET, nom, adresse. « Je renonce à l’option pour un régime réel d’imposition de mes bénéfices de location meublée, à compter des revenus 2027. » Date, signature.
Le SIE ne répondra pas : vous l’informez, vous ne demandez rien. Gardez la preuve de l’envoi — les justificatifs se conservent six ans (art. L. 102 B du LPF). Dans l’ordre : vérifier le seuil, écrire avant le 2e jour ouvré suivant le 1er mai, déposer la déclaration de l’année écoulée, puis une seule case l’année suivante.
Avant de dénoncer l’option, les 4 questions à se poser
3. Repasser sous le seuil : la lettre ne suffit pas
Dénoncer l’option retire l’option, rien de plus. Encore faut-il que vos recettes — les loyers et charges réellement encaissés dans l’année, avant toute déduction — vous laissent au micro-BIC. Le seuil s’apprécie sur l’année civile précédente ou celle d’encore avant, la pénultième (art. 50-0, 1 du CGI).
| Type de location | Recettes 2025 | Recettes 2026 | Abattement |
|---|---|---|---|
| Meublé longue durée | 77 700 € | 83 600 € | 50 % |
| Meublé de tourisme classé, chambres d’hôtes | 77 700 € | 83 600 € | 50 % |
| Meublé de tourisme non classé | 15 000 € | 15 000 € | 30 % |
Art. 50-0 du CGI ; seuil de 15 000 € non indexé ; le 71 % éteint avec les recettes 2024 (l’abattement).
L’abattement de la dernière colonne, c’est ce que le fisc retire d’office pour solde de toutes vos charges : à 50 %, sur 20 000 € de loyers, vous êtes imposé sur 10 000 €, que vous ayez dépensé 2 000 € ou 15 000 €.
Exemple. Deux studios qui rapportent 6 900 € par mois à eux deux : 82 800 € encaissés en 2026, sous les 83 600 € — micro ouvert sur vos revenus 2027. Les mêmes loyers encaissés en 2025 l’auraient fermé (77 700 €).
Deux structures restent exclues du micro-BIC quel que soit le montant, parce que leurs résultats sont imposés selon le régime des sociétés de personnes de l’art. 8 du CGI : la SARL de famille et la SNC (c du 2 de l’art. 50-0). L’indivision, elle, n’est pas une société : le micro-BIC lui reste ouvert, mais le seuil s’apprécie sur la totalité des recettes de l’entreprise indivise, jamais part par part (CE, 14 novembre 2025, n° 495516).
4. Le stock d’amortissements que le micro consomme
C’est la conséquence qui coûte le plus cher. Au réel, le prix du logement se déduit par tranches annuelles — les annuités — sur une trentaine d’années.
Au micro-BIC, cette déduction disparaît. Non qu’un texte la supprime : l’abattement forfaitaire « est réputé tenir compte des amortissements pratiqués selon le mode linéaire » (BOI-BIC-CHAMP-40-20, § 435). Le plan continue de courir, et chaque année au micro-BIC consomme une annuité sans qu’elle soit déductible.
Exemple. Un bien de 180 000 €, terrain déduit — le sol ne s’use pas, il ne s’amortit pas : il reste 126 000 € à amortir sur trente ans, soit 4 200 € par an, dont quinze annuités restent à courir. Trois années au micro en consomment 12 600 €. À 48,6 % — 30 % de tranche marginale d’imposition, le taux qui frappe votre dernier euro, plus 18,6 % de prélèvements sociaux —, 6 124 € d’impôt jamais économisés. Formule simplifiée : elle ignore la CSG déductible de 6,8 points (art. 154 quinquies, II du CGI), qui ramène le taux réel à 46,6 % et la perte à 5 867 € — tous les montants de ce guide sont des majorants. Bien plus que trois ans d’honoraires comptables.
Même sort pour la réserve d’amortissement reporté : quand l’annuité dépasse le loyer diminué des autres charges du bien, le plafond de l’art. 39 C, II-2 du CGI met le surplus de côté. Le II-3 le rend déductible sur les exercices suivants sans fixer aucune limite de durée. Mais cette réserve ne s’impute que sur un résultat au réel, qui n’existe plus, et l’art. 50-0 du CGI est muet sur son sort. Perdue, ou gelée ? Aucun texte ne tranche : ni le CGI, ni le BOFiP, ni la jurisprudence publiée — l’amortissement reporté. Les « amortissements réputés différés » des forums, eux, sont supprimés pour les exercices ouverts depuis le 1er janvier 2004 (loi n° 2003-1311 du 30 décembre 2003, art. 89).
Combien vaut le stock d amortissements que vous laisseriez ?
LMNP.AI tient votre plan d amortissement annuite par annuite et chiffre ce que la bascule au micro-BIC vous coute avant que vous ne signiez la lettre.
5. Le déficit en report : dix ans qui courent à vide
Un déficit, c’est une année où vos charges ont dépassé vos loyers. En location meublée non professionnelle, il ne s’efface pas : il s’impute « exclusivement sur les revenus provenant d’une telle activité au cours de celles des dix années suivantes » (art. 156, I, 1° ter du CGI) — il attend un futur bénéfice meublé pour le réduire.
Au micro-BIC, le résultat est forfaitaire : plus de bénéfice calculé, plus rien sur quoi imputer — et le compteur des dix ans ne s’arrête pas.
On lit parfois que ces déficits seraient « définitivement perdus ». Aucun texte ne le dit. Ce qui est sûr suffit à décider : chaque année au micro brûle une année de report.
Exemple. Un déficit de 7 400 € né en 2022 est imputable jusqu’aux revenus 2032. Quatre années de micro-BIC, de 2027 à 2030, et il ne reste que deux exercices pour l’absorber. Rester au réel un an de plus pour l’imputer vaut 7 400 × 48,6 % = 3 596 € (3 445 € à 46,6 %).
6. La revente : rien n’est effacé
Le piège majeur, et le micro-BIC ne le désamorce pas. À la revente, l’impôt porte sur la plus-value : l’écart entre prix de vente et prix d’achat. Depuis 2025, les amortissements déduits pendant vos années au réel viennent en diminution du prix d’achat retenu — ce qui creuse l’écart, donc gonfle l’impôt — quel que soit votre régime au jour de la vente (art. 150 VB III du CGI, art. 84 de la loi n° 2025-127 du 14 février 2025, cessions depuis le 15 février 2025).
La plus-value immobilière d’un particulier est taxée 19 % + 17,2 % de prélèvements sociaux, soit 36,2 % — 17,2 % ici, non les 18,6 % qui frappent les loyers. La réintégration se fait avant les abattements pour durée de détention, ces remises qui réduisent la plus-value au fil des années.
Exemple. 52 000 € d’amortissements déduits en dix ans au réel, bascule au micro, revente cinq ans plus tard : les 52 000 € reviennent dans le calcul — jusqu’à 18 824 € en plus, avant abattements de durée.
Les exclusions sont limitatives (art. L. 631-12 et L. 631-13 du CCH, établissements médico-sociaux) : les résidences de tourisme et d’affaires n’en font pas partie, sans condition d’âge ni d’exclusivité. Détail dans la réintégration des amortissements.
7. L’année de bascule : une dernière liasse, une seule case
L’année qui précède la bascule reste au réel : vous déposez une dernière liasse fiscale — le formulaire 2031-SD et ses tableaux 2033, le bilan chiffré de votre activité —, dans les délais de la section 1. L’oublier expose à la majoration de l’art. 1728 du CGI : 10 %, portés à 40 % faute de régularisation dans les trente jours d’une mise en demeure. Voir la liasse fiscale en LMNP.
L’année suivante, plus de liasse. Vous portez vos recettes brutes encaissées, sans en retirer l’abattement, sur la 2042-C-PRO, l’annexe professionnelle de votre déclaration de revenus : case 5NI pour les autres locations meublées — la longue durée classique —, 5NG pour les chambres d’hôtes et meublés classés, 5NH pour le tourisme non classé. La case 5ND n’existe pas ; au réel, le bénéfice allait en 5NA, le déficit en 5NY.
Ne changent pas : le SIRET, la CFE, les prélèvements sociaux à 18,6 %, appliqués cette fois après abattement. Apparaissent : une année à perte reste imposée, et il faut tenir le détail journalier des recettes (art. 50-0, 5 du CGI). Un retour au réel supposera un bilan d’ouverture.
Exemple. 21 600 € encaissés en 2027, portés en 5NI. Base imposable après l’abattement de 50 % : 10 800 €. À 48,6 %, environ 5 249 € (5 028 € à 46,6 %) — même si l’appartement est resté vide quatre mois.
8. Pour aller plus loin
Mise à jour : 28 août 2026. Sources : CGI, art. 8, 39 C, 50-0, 150 VB, 154 quinquies, 156, 175 et 1728 ; art. 38 bis, I de l’annexe II au CGI ; art. 344 I-0 bis de l’annexe III au CGI ; art. L. 102 B du LPF ; art. L. 631-12 et L. 631-13 du CCH ; art. L. 312-1 du CASF ; art. L. 6143-5 du CSP ; loi n° 2003-1311 du 30 décembre 2003, art. 89 ; loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016, art. 124 ; loi n° 2019-1479 du 28 décembre 2019, art. 155 ; loi n° 2021-1900 du 30 décembre 2021, art. 7 ; loi n° 2024-1039 du 19 novembre 2024, art. 7 ; loi n° 2025-127 du 14 février 2025, art. 84 ; loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025, art. 12 ; décret n° 2026-562 du 29 juin 2026 ; BOFiP BOI-BIC-DECLA-10-30 (§ 70, 80, 110, 130), BOI-BIC-DECLA-10-20, BOI-BIC-DECLA-30-20-10 (§ 230), BOI-BIC-AMT-20-40-10-20, BOI-BIC-CHAMP-40-20 (§ 435) ; formulaire 2042-C-PRO n° 11222*28 ; notice 2033-NOT-SD millésime 2026 ; calendrier fiscal professionnel de mai 2026 ; CE, 8e-3e ch. réunies, 26 novembre 2018, n° 417628 ; CE, 9e-10e ch. réunies, 14 novembre 2025, n° 495516.
Guide informatif. Les dates de dépôt et les seuils changent d’une campagne à l’autre : vérifiez l’année avant d’agir.
Avant de renoncer au réel, mesurez ce que vous laissez
lmnp.ai tient votre comptabilité, votre plan d’amortissement et votre liasse 2031-SD. Vous voyez, chiffre à l’appui, ce que le micro-BIC vous ferait gagner ou perdre chaque année.