Mis à jour le 1er septembre 2026 — sources en fin d’article.
Le bail commercial en LMNP : le contrat qui décide de votre rendement
En LMNP, le bail commercial est le contrat que vous signez avec l’exploitant — l’entreprise qui gère la résidence de services et vous verse un loyer, occupé ou non. Il relève des articles L. 145-1 et suivants du code de commerce. Quatre clauses décident de ce que vous toucherez vraiment. Neuf ans minimum, mais l’exploitant peut partir tous les trois ans. Les grosses réparations — toiture, murs porteurs — restent à votre charge malgré la mention « triple net ». Le loyer suit un indice qui peut baisser. Et lui reprendre votre logement vous coûte une indemnité.
Attention au faux ami : « commercial » qualifie le contrat, pas les murs — votre lot reste un logement. Pour une boutique ou un bureau à louer meublé, voyez le LMNP et le local commercial. Résidence, rendement net et TVA relèvent du guide investir en LMNP en résidence de services : ici, seulement le contrat.
Rédigé par Quentin Hagnéré
Expert en gestion de patrimoine — Fondateur de LMNP.AI et Hagnéré Patrimoine. CIF, COA, COBSP. Chaque article cité est relevé sur le texte en vigueur publié par Légifrance.
Sommaire
- 1. Pourquoi un particulier signe un bail commercial
- 2. Neuf ans pour vous, trois ans pour lui
- 3. Le « triple net » s’arrête à l’article 606
- 4. ILC ou ILAT : un loyer indexé peut baisser
- 5. Renouvellement, plafonnement et éviction
- 6. Quand le loyer cesse : juridique, puis fiscal
- 7. Pour aller plus loin
- 8. Questions fréquentes
1. Pourquoi un particulier qui n’est pas commerçant signe un bail commercial
Vous n’êtes pas commerçant, et pourtant le code de commerce s’applique : les conditions du statut regardent votre locataire, pas vous.
L’article L. 145-1, I vise les locaux « dans lesquels un fonds est exploité » — un fonds de commerce, c’est-à-dire une activité et sa clientèle. Encore faut-il que ce fonds appartienne à un commerçant inscrit au registre du commerce et des sociétés, ou à un artisan inscrit au registre national des entreprises. L’exploitant coche les deux cases ; votre statut de particulier ne compte pas.
La Cour de cassation l’a jugé pour ce montage exact : des appartements loués à une entreprise qui les exploite dans une résidence hôtelière « ont un caractère commercial » (Cass. ass. plén., 17 mai 2002, n° 00-11.664, publié au bulletin). Peu importe la taille : un studio de 18 m² loué 6 000 € par an relève des mêmes textes qu’une boutique.
Ce statut est d’ordre public : aucune clause ne l’écarte, et ses règles jouent en bloc — renouvellement et indemnité d’éviction compris.
2. Neuf ans pour vous, trois ans pour lui : la clause qui décide
L’article L. 145-4 impose neuf ans minimum. Mais son deuxième alinéa autorise l’exploitant à donner congé — mettre fin au bail — à la fin de chaque période de trois ans, en prévenant six mois à l’avance. Vous êtes engagé neuf ans, lui trois : c’est la faculté triennale, que le bail ne supprime que dans quatre cas.
| Cas écartant la faculté triennale | En résidence gérée |
|---|---|
| Bail conclu pour une durée supérieure à neuf ans | Le « bail ferme » de dix ou douze ans |
| Local construit en vue d’une seule utilisation | Bâtiment conçu pour ce seul usage |
| Locaux à usage exclusif de bureaux | Sans objet |
| Locaux de stockage (art. 231 ter, III, 3° du CGI) | Sans objet |
Le geste à faire. Cherchez la clause qui écarte expressément cet alinéa. Exemple : bail annoncé « douze ans » mais muet, loyer de 6 000 €. L’exploitant sort à la troisième année : les 54 000 € des neuf suivantes n’étaient pas garantis.
Un cas légal y échappe : l’article L. 145-7-1 impose neuf ans fermes aux résidences de tourisme classées. Mais la Cour de cassation juge ce texte « pas applicable aux baux renouvelés » (Cass. 3e civ., 7 septembre 2023, n° 21-14.279, publié) : si le bail a déjà été renouvelé une fois, la protection a disparu. Regardez la date du premier bail.
3. Le « triple net » s’arrête à l’article 606, quoi qu’écrive le bail
Ces baux sont vendus triple net : impôts, charges et travaux au locataire. Depuis la loi Pinel du 18 juin 2014, la formule ne tient plus.
Le partage vient du droit civil. L’article 605 pose le principe — l’entretien à celui qui jouit du bien, les grosses réparations au propriétaire —, et l’article 606 du code civil dit lesquelles : « celles des gros murs et des voûtes, le rétablissement des poutres et des couvertures entières ». Refaire toute la toiture, oui ; trois tuiles, non — c’est de l’entretien, qui reste au locataire. L’article R. 145-35 interdit de les lui facturer, pour tout bail conclu ou renouvelé à compter du 5 novembre 2014 (décret n° 2014-1317 du 3 novembre 2014).
| Interdit de facturer au locataire (art. R. 145-35) | Reste transférable |
|---|---|
| Grosses réparations de l’art. 606 et honoraires liés | Entretien courant |
| Vétusté et mise en conformité qui en relèvent | Embellissements du locataire |
| Impôts dont vous êtes le redevable légal, « notamment la contribution économique territoriale » — la CFE en fait partie | Taxe foncière et additionnelles |
| Honoraires de gestion de vos loyers | Votre quote-part réelle |
| Part des locaux vides ou d’autres locataires | — |
Second volet, jamais réclamé : l’article L. 145-40-2 impose au bail un inventaire précis et limitatif des charges et impôts, avec qui paie quoi. Chaque année, l’exploitant vous doit un état récapitulatif des dépenses ; tous les trois ans, les travaux prévus avec leur budget et les travaux passés avec leur coût. Réclamez-les par écrit : seul moyen d’anticiper une grosse dépense.
Exemple. Ravalement et couverture votés en copropriété : votre part ressort à 4 200 €. Avec 6 000 € de loyer et 1 400 € de charges non remboursées, vous gagniez 4 600 € par an — la note efface 91 % d’une année.
4. ILC ou ILAT : en 2026, un loyer indexé a pu baisser tout seul
Votre loyer ne monte pas tout seul : il ne bouge que si le bail contient une clause d’échelle mobile, la phrase qui lui fait suivre un indice Insee. Deux indices existent : l’ILC, indice des loyers commerciaux, et l’ILAT, celui des activités tertiaires — ceux des deux premiers alinéas de l’article L. 112-2 du code monétaire et financier, repris par L. 145-34 et L. 145-38. On lit parfois que l’indexation reposerait sur L. 145-33 : ce texte définit la valeur locative — le loyer que vaudrait le local sur le marché —, pas les indices.
Deux mécanismes :
- La révision triennale (art. L. 145-38) : au bout de trois ans, chacun peut demander un recalcul ; la hausse ne peut dépasser la variation de l’indice, sauf changement notable du quartier.
- La révision « au quart » (art. L. 145-39) : dès que la clause a fait varier le loyer de plus d’un quart, à la hausse comme à la baisse, chacun peut demander une révision. L’étalement à 10 % par an qu’elle prévoit ne vise que les hausses ; une baisse s’applique d’un coup.
Le tunnel d’indexation. Depuis le 28 mai 2026, le bail peut plafonner la variation annuelle de l’ILC, à condition de l’encadrer dans les mêmes proportions à la hausse et à la baisse (art. L. 145-38-1 du code de commerce, créé par la loi n° 2026-403 du 26 mai 2026). Un tunnel qui ne bornerait que les hausses est hors du texte : la symétrie est la condition de sa validité.
Exemple daté. Au premier trimestre 2026, l’ILC s’établit à 135,26, en baisse de 0,45 % sur un an ; l’ILAT à 137,42, en hausse de 0,09 % (Insee, Informations rapides n° 154 et 155 du 24 juin 2026). Un loyer de 6 000 € indexé sur l’ILC tombe à 5 973 € ; sur l’ILAT, il monte à 6 005 €. Trente-deux euros d’écart la première année, qui se composent sur douze ans : vérifiez lequel votre bail retient.
5. Au renouvellement : deux portes de sortie du plafonnement, une indemnité à votre charge
Au terme des neuf ans, le bail est renouvelé : un nouveau contrat repart, son loyer se rediscute. Le plafonnement est censé vous protéger — le loyer ne peut s’écarter de la variation de l’indice. Il ne joue pas toujours.
Première porte, la durée. L’article L. 145-34, alinéa 1 ne plafonne le loyer que si la durée du bail « n’est pas supérieure à neuf ans ». Or ces baux sont couramment signés pour dix ou douze ans, précisément pour supprimer la sortie triennale : la sécurité vendue à l’entrée devient un loyer libre à la sortie.
Deuxième porte, la monovalence. Un local construit en vue d’une seule utilisation, qu’on ne peut réaffecter sans gros travaux, voit son loyer fixé « selon les usages observés dans la branche d’activité considérée » (art. R. 145-10), hors plafonnement : voyez la résidence étudiante en LMNP. L’étalement à 10 % de L. 145-34 ne protège, là encore, que des hausses.
Reprendre votre logement coûte cher. Le congé se donne six mois à l’avance, par acte extrajudiciaire — remis par un commissaire de justice, l’ancien huissier —, motifs indiqués à peine de nullité (art. L. 145-9). Vous devez alors une indemnité d’éviction : le préjudice causé à l’exploitant, valeur marchande de son fonds comprise (art. L. 145-14). Et il n’est pas tenu de partir avant de l’avoir reçue (art. L. 145-28) : vous payez d’abord, vous récupérez ensuite.
Exemple. 20 % de baisse au renouvellement : 6 000 € deviennent 4 800 €. Pour un acheteur qui exige 5,5 % de rendement, le lot vaut 87 270 € au lieu de 109 090 € — 21 820 € effacés, plus 10 800 € de loyers sur neuf ans (estimer un bien LMNP).
6. Quand le loyer cesse : le calendrier juridique, puis le fiscal
Le calendrier juridique. Si l’exploitant passe en procédure collective — redressement ou liquidation devant le tribunal —, votre bail n’est pas résilié : l’administrateur ou le liquidateur choisit de le poursuivre ou non (art. L. 622-13). Deux délais comptent.
- Loyers impayés après le jugement d’ouverture : la résiliation n’est demandable qu’au bout de trois mois (art. L. 622-14).
- Loyers impayés avant : déclarez votre créance — inscrivez-vous sur la liste officielle des créanciers — dans les deux mois de la publication du jugement au BODACC, le bulletin officiel des annonces commerciales. Passé ce délai, votre créance n’est plus opposable à la procédure : vous ne serez pas payé, sauf relevé de forclusion accordé par le juge-commissaire (art. L. 622-26). C’est l’oubli le plus fréquent.
Sous le dispositif Censi-Bouvard, la défaillance n’entraîne pas la reprise de la réduction.
Le calendrier fiscal. Au réel, le résultat se calcule en comptabilité d’engagement (art. 38, 2 bis et 54 du CGI) : un loyer dû mais jamais versé reste imposable. Seule une provision pour dépréciation de créance — l’écriture qui constate que l’argent ne rentrera pas — l’efface, créance par créance, jamais au forfait (art. 39, 1, 5° ; BOI-BIC-PROV-40-20).
Le logement reste amortissable — l’amortissement est l’usure comptable du bien, retirée du loyer imposable chaque année sans rien débourser. Mais l’article 39 C, II-2 limite la part déductible à la différence entre le loyer acquis et les autres charges du bien. Loyer nul : rien n’est déductible, et l’amortissement écarté part en réserve, utilisable sans limite de durée (39 C, II-3 ; plafond global, BOI-BIC-AMT-20-40-10-20). Le reste forme un déficit BIC non professionnel, imputable dix ans sur vos seuls bénéfices de location meublée, jamais sur un salaire (art. 156, I, 1° ter du CGI) — voyez l’amortissement reporté et le déficit en LMNP.
Exemple, un exercice sans loyer. Taxe foncière 900 €, charges non refacturées 600 €, assurance propriétaire non occupant 150 €, CFE 250 € : 1 900 € de charges, contre 3 500 € d’amortissement théorique. Plafond du 39 C, II-2 : 0 − 1 900 €, négatif — aucun amortissement déductible, les 3 500 € partent en réserve. Résultat : − 1 900 €, reportable dix ans. Deux stocks, deux durées. Et cette année-là, ni impôt ni les 18,6 % de prélèvements sociaux du résultat en location meublée (loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025, art. 12).
Un exercice sans loyer, un amortissement mis en reserve : qui en tient le compte ?
LMNP.AI calcule vos amortissements par composant, suit le stock reportable de l article 39 C et teletransmet la liasse 2031 au SIE. A partir de 179 EUR par an.
7. Pour aller plus loin
Les quatre gestes, dans l’ordre
- Relevez trois lignes du bail : durée, clause écartant ou non la sortie triennale, indice retenu.
- Réclamez par écrit les documents de l’article L. 145-40-2 : sinon les 4 200 € de travaux vous tombent dessus sans prévenir.
- Sortez les comptes publiés de l’exploitant.
- Décidez six mois avant le terme au plus tard : sinon le bail se prolonge tacitement (art. L. 145-9), et dès que sa durée effective excède douze ans le plafonnement tombe (art. L. 145-34, al. 3).
Mise à jour : 1er septembre 2026. Sources : Légifrance — code de commerce, art. L. 145-1, L. 145-4, L. 145-7-1, L. 145-9, L. 145-14, L. 145-28, L. 145-34, L. 145-38, L. 145-38-1, L. 145-39, L. 145-40-2, R. 145-10, R. 145-35, L. 622-13, L. 622-14, L. 622-24, L. 622-26 ; code civil, art. 605, 606 et 1743 ; code monétaire et financier, art. L. 112-2 ; CGI art. 38 (2 bis), 39 (1, 5°), 39 C (II-2 et II-3), 54, 150 VB III, 156 (I, 1° ter), 231 ter. BOFiP BOI-BIC-PROV-40-20, BOI-BIC-AMT-20-40-10-20 § 100, BOI-IR-RICI-220-20 § 40 à 60. Jurisprudence : Cass. ass. plén., 17 mai 2002, n° 00-11.664 et Cass. 3e civ., 7 septembre 2023, n° 21-14.279, publiés au bulletin. Loi Pinel n° 2014-626 du 18 juin 2014, décret n° 2014-1317 du 3 novembre 2014, loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 (art. L. 145-38-1, tunnel d’indexation), LFSS 2026 (loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025, art. 12). Insee, Informations rapides n° 154 et n° 155 du 24 juin 2026.
Guide informatif. Les clauses citées se lisent dans votre bail : deux résidences voisines peuvent porter des contrats très différents.
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