Mis à jour le 26 août 2026 — sources en fin d’article.
Réintégration des amortissements dans la plus-value LMNP : ce que dit vraiment l’article 150 VB III
Depuis le 15 février 2025, les amortissements déduits de vos loyers viennent en diminution du prix d’achat retenu à la revente. L’amortissement, c’est l’usure comptable du logement : au régime réel, vous retirez chaque année une part de sa valeur de vos loyers imposables, sans rien débourser. Le prix d’achat rétrécit, le gain taxé grossit d’autant. Le texte : article 150 VB, III du code général des impôts, créé par l’article 84 de la loi de finances pour 2025 (n° 2025-127 du 14 février 2025).
Vous ne remboursez rien : la somme réintégrée s’ajoute au gain, puis profite des mêmes abattements pour durée de détention, ces remises sur l’imposable qui grandissent avec les années. Deux malentendus circulent : la règle ne vient pas de la loi Le Meur, et les prélèvements sociaux de la revente — CSG, CRDS et prélèvement de solidarité — sont à 17,2 %, pas aux 18,6 % de vos loyers.
Cette page établit le texte, sa date et ses taux ; le calcul complet d’une revente est dans notre guide de la plus-value LMNP.
Rédigé par Quentin Hagnéré
Expert en gestion de patrimoine — Fondateur de LMNP.AI et Hagnéré Patrimoine. CIF, COA, COBSP. Chaque référence est relevée sur le texte en vigueur de l’article 150 VB du CGI.
Sommaire
1. Le texte s’appelle article 150 VB III
« Le prix d’acquisition est minoré du montant des amortissements admis en déduction en application des i et j du 1° du I de l’article 31 ou de l’article 39 C, à l’exception de ceux de ces amortissements constitutifs de dépenses prises en compte pour la détermination de l’impôt sur le revenu en application de la première phrase du 4° du II du présent article. »
— art. 150 VB du CGI, version en vigueur depuis le 21 février 2026 (art. 47 de la loi n° 2026-103)
En clair : avoir déduit 60 000 €, c’est vendre comme si vous aviez payé 60 000 € de moins.
Deux mots comptent. « Minoré » : on retranche du prix d’achat, aucun chèque à faire. « Admis en déduction » : seuls comptent les amortissements réellement retirés de votre résultat. L’article 39 C visé par le texte est celui qui règle l’amortissement des biens loués.
On lit souvent que la réintégration figurerait au II de l’article 150 VB, sous un « 2° ter » ou un « II bis ». Ces subdivisions n’existent pas : le II ne fait que majorer le prix d’acquisition, le III seul le minore.
2. Loi de finances pour 2025, article 84 — et non la loi Le Meur
Le III vient de l’article 84 de la loi n° 2025-127 du 14 février 2025. Il vise les cessions réalisées à compter du 15 février 2025, « quelle que soit la date de mise en location du bien » : un logement acheté en 2009 rend tous ses amortissements (Rép. min. Mette, n° 10097, JOAN 24 mars 2026, p. 2523). Amorti 3 000 € par an depuis quinze ans, cela fait 45 000 € à réintégrer.
La loi Le Meur (n° 2024-1039 du 19 novembre 2024) ne touche, par son article 7, que l’article 50-0 du CGI : le micro-BIC, ce régime simplifié sans comptabilité ni amortissement, avec un abattement de 50 % jusqu’à 83 600 € de recettes 2026 en longue durée.
Dernier point : au 26 août 2026, le III n’est toujours pas commenté au BOFiP, le mode d’emploi de l’administration — le document sur le prix d’acquisition (BOI-RFPI-PVI-20-10-20-20) date du 20 décembre 2013. Le commentaire du III, annoncé dans la réponse du 24 mars 2026, n’est pas paru. L’article 47 de la loi de finances pour 2026 a depuis élargi le III à la location nue.
3. Le mécanisme, et un cas chiffré : 14 428 € au lieu de zéro
Votre gain imposable, c’est le prix de vente moins le prix d’acquisition retenu — celui que le fisc reconstitue, pas celui de votre acte (art. 150 VA et 150 VB). Déduire 60 000 €, c’est 60 000 € de gain brut en plus — pas 60 000 € d’impôt. Cette fraction n’est ni isolée ni taxée à part : elle joue « sous réserve de l’application des abattements pour durée de détention » (Rép. min. Mette, 24 mars 2026). Seul le loueur professionnel — plus de 23 000 € de recettes et plus que ses autres revenus d’activité (art. 155, IV du CGI) — bascule dans les plus-values professionnelles, sans abattement de durée (art. 39 duodecies).
Un studio acheté 200 000 € en 2014, 60 000 € d’amortissements déduits, revendu 240 000 € en 2026. Deux forfaits s’ajoutent au prix d’achat, sans facture à produire : 7,5 % de frais, 15 % de travaux au-delà de cinq ans (art. 150 VB, II, 3° et 4°).
| Poste | Montant |
|---|---|
| Prix d’acquisition | 200 000 € |
| + frais, forfait 7,5 % | + 15 000 € |
| + travaux, forfait 15 % | + 30 000 € |
| = prix majoré | 245 000 € |
| − amortissements déduits (150 VB III) | − 60 000 € |
| = prix retenu | 185 000 € |
| Prix de cession | 240 000 € |
| = plus-value brute | 55 000 € |
À douze ans révolus, l’article 150 VC efface 42 % de la base d’impôt sur le revenu (6 % par an après la cinquième) et 11,55 % de la base sociale (1,65 % par an). Restent 31 900 € taxés à 19 % (art. 200 B) = 6 061 €, et 48 647 € taxés à 17,2 % = 8 367 €. Total : 14 428 €.
Avant le 15 février 2025, le prix retenu restait à 245 000 € pour une vente à 240 000 € : moins-value de 5 000 €, qui ne s’impute sur rien et ne se reporte pas (art. 150 VD, I), donc zéro impôt. L’écart fait 14 428 €, soit 24 % du stock repris — pas 26,2 %, car 5 000 € des 60 000 € comblent d’abord ce trou.
4. 19 % + 17,2 % à la revente, 18,6 % sur vos loyers
Sur la plus-value de revente : 19 % d’impôt sur le revenu (art. 200 B) et 17,2 % de prélèvements sociaux, soit 36,2 % avant abattements. Sur le résultat de votre location meublée — loyers moins charges et amortissements —, c’est 18,6 % depuis la LFSS 2026 (loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025, art. 12).
Pourquoi la revente échappe-t-elle à la hausse ? Le IV de l’article L. 136-8 du code de la sécurité sociale garde l’ancien taux de CSG pour une liste fermée de revenus, dont les plus-values immobilières des particuliers (art. 150 U à 150 UC). Vos loyers meublés, eux, sont un bénéfice industriel et commercial, la catégorie des activités commerciales, et n’y figurent pas. impots.gouv.fr, au 17 juillet 2026 : « En location nue (vide) : 17,2 %. En location meublée : 18,6 %. »
Au-delà de 50 000 € de plus-value nette imposable à l’impôt sur le revenu, une surtaxe de 2 à 6 % s’ajoute (art. 1609 nonies G). Notre studio y échappe avec 31 900 €, mais 86 300 € de gain brut auraient suffi — et la réintégration rapproche du seuil.
5. Ce que le III ne reprend pas, et les logements hors champ
Trois postes qui ne remontent pas
- Le mobilier. Le III minore le prix de l’immeuble : canapé et cuisine équipée n’entrent pas dans l’assiette immobilière, et 8 000 € de meubles amortis restent 8 000 € amortis (amortissement du mobilier).
- Les travaux déjà comptés en majoration. Le texte écarte les amortissements « constitutifs de dépenses prises en compte » au titre de la première phrase du 4° du II : pas de double emploi avec le forfait de 15 % (forfait travaux).
- Les amortissements jamais déduits. L’année où ils dépassent le loyer diminué des autres charges, l’excédent est mis en réserve (2 du II de l’article 39 C) ; au micro-BIC, on n’amortit rien. Rien déduit, rien à reprendre (amortissement LMNP).
Trois familles de logements hors champ
Le III écarte de la réintégration, dans cet ordre : 1° les logements situés dans une résidence des articles L. 631-12 ou L. 631-13 du code de la construction et de l’habitation destinée à l’accueil exclusif d’étudiants, de personnes de moins de trente ans en formation ou en stage, de titulaires d’un contrat de professionnalisation ou d’apprentissage, ou de personnes de plus de soixante-cinq ans ; 2° ceux situés dans un établissement des 6° ou 7° du I de l’article L. 312-1 du code de l’action sociale et des familles, dans une résidence avec services pour personnes âgées ou handicapées titulaire de l’agrément de l’article L. 7232-1 du code du travail ou de l’autorisation de l’article L. 313-1 du CASF pour son service d’aide à domicile, ainsi que l’ensemble des logements affectés à l’accueil familial salarié de personnes âgées ou handicapées des articles L. 444-1 à L. 444-9 du CASF, géré par un groupement de coopération sociale ou médico-sociale ; 3° ceux situés dans un établissement délivrant des soins de longue durée de l’avant-dernier alinéa du I de l’article L. 6143-5 du code de la santé publique. En clair : résidence étudiante, résidence-services agréée, établissement pour personnes âgées ou adultes handicapés, accueil familial géré par un groupement de coopération, soins de longue durée.
Liste limitative : ni résidence de tourisme, ni résidence d’affaires, ni classement « meublé de tourisme », ni accueil familial organisé hors d’un groupement de coopération. Le même studio dans une résidence universitaire du L. 631-12 réservée aux étudiants : rien à réintégrer, moins-value, zéro impôt — 14 428 € d’écart. Le régime de la vôtre est nommé dans le bail commercial et dans votre acte (résidences services).
6. Les abattements de durée survivent : le coût d’un euro réintégré
La réforme n’a pas touché à l’article 150 VC : exonération d’impôt sur le revenu à 22 ans, de prélèvements sociaux à 30 ans, part réintégrée comprise. D’où le coût réel d’un euro repris, selon l’année de vente :
| Détention | Abattement impôt | Abattement social | Coût d’un euro repris |
|---|---|---|---|
| 5 ans ou moins | 0 % | 0 % | 36,20 % |
| 12 ans | 42 % | 11,55 % | 26,23 % |
| 22 ans | 100 % | 28,00 % | 12,38 % |
| 30 ans | 100 % | 100 % | 0 % |
Ce même euro vous avait fait économiser votre tranche — 11, 30 ou 41 % — plus 18,6 % de prélèvements sociaux : 29,6 %, 48,6 % ou 59,6 % en calcul simplifié, hors CSG déductible. Il est repris entre 36,2 % et 0 %. L’arbitrage dépend de votre tranche et de votre horizon.
Les gestes, dans l’ordre.
- Additionnez les amortissements déduits depuis le premier jour : ils sont au tableau 2033-C de votre liasse fiscale, les tableaux comptables joints à votre déclaration de résultat.
- Donnez ce total à votre notaire avant la signature : c’est lui qui remplit la 2048-IMM et paie l’impôt sur le prix. Un oubli ne supprime pas l’impôt : il ressort en contrôle, avec les intérêts de retard.
- Ventilez le prix du mobilier dans l’acte, justificatifs à l’appui : sans chiffre, tout bascule dans l’assiette immobilière.
- La date qui compte est en principe celle de l’acte authentique, pas celle de la promesse (BOI-RFPI-PVI-30-10, § 10) ; un compromis sans condition suspensive peut valoir vente dès sa signature (§ 50).
Pour chiffrer votre cas, le simulateur de plus-value LMNP.
7. Pour aller plus loin
Mise à jour : 26 août 2026 ; art. 150 VB du CGI en vigueur depuis le 21 février 2026, lendemain de la publication de la loi n° 2026-103 (art. 47) ; III non commenté au BOFiP. Sources : art. 39 C, 39 duodecies, 50-0, 150 U à 150 UC, 150 VA à 150 VD, 200 B et 1609 nonies G du CGI ; L. 136-8 du CSS ; L. 631-12 et L. 631-13 du CCH ; L. 312-1, L. 313-1 et L. 444-1 à L. 444-9 du CASF ; L. 6143-5 du CSP ; lois n° 2025-127, n° 2024-1039, n° 2026-103 et n° 2025-1403 ; Légifrance, Rép. min. Mette, n° 10097, JOAN 24 mars 2026, BOI-RFPI-PVI-30-10, § 10 et 50, impots.gouv.fr du 17 juillet 2026.
Guide informatif. Ces taux valent pour les cessions de 2026.
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